À Paris, l’entretien des trottoirs repose sur un cadre réglementaire ancien mais toujours en vigueur, articulé autour de l’arrêté interpréfectoral du 16 juin 1937. Ce texte impose aux riverains (propriétaires, locataires, occupants à titre quelconque) une série d’obligations qui dépassent largement le simple coup de balai occasionnel. Nous constatons que la plupart des contentieux naissent d’une méconnaissance de ce périmètre précis.
Arrêté interpréfectoral de 1937 et périmètre d’intervention à Paris
L’arrêté interpréfectoral du 16 juin 1937 reste le socle juridique principal. Il désigne comme responsable toute personne disposant d’un accès direct à la voie publique, sans distinction entre propriétaire et locataire. La charge porte sur toute la longueur de la façade, sur une largeur pouvant atteindre quatre mètres.
Ce périmètre surprend régulièrement les occupants d’immeubles situés sur des avenues larges, où le trottoir dépasse cette distance. Dans ce cas, la portion au-delà des quatre mètres relève de la compétence de la Ville. En revanche, sur les rues étroites, la totalité du trottoir peut tomber sous la responsabilité du riverain.
La question de la législation sur l’entretien des trottoirs à Paris se pose aussi pour les copropriétés : c’est le syndicat des copropriétaires, via le syndic, qui assume l’obligation. Le règlement de copropriété peut répartir cette charge différemment en interne, mais vis-à-vis de la commune, le syndicat reste le débiteur de l’obligation.
Obligations concrètes : balayage, déneigement et désherbage à Paris

Le balayage quotidien constitue l’obligation de base. Il couvre les détritus, feuilles mortes et souillures diverses. Mais la réglementation parisienne va plus loin en période hivernale.
Déneigement et salage préventif
Les riverains doivent dégager la neige et saler préventivement le trottoir devant leur façade. Deux exceptions notables : sur les trottoirs plantés d’arbres, le sablage remplace le salage pour protéger les végétaux. Le sel et le sable ne sont pas fournis par la Ville, ce qui constitue une charge financière directe pour l’occupant.
Nous recommandons de stocker du sel de déneigement dès l’automne. Une rupture d’approvisionnement en pleine vague de froid expose le riverain à un double risque : la contravention et la mise en cause en responsabilité civile.
Désherbage : interdiction des produits phytosanitaires
Le désherbage du trottoir reste obligatoire, mais les produits phytosanitaires chimiques sont interdits pour les particuliers depuis l’entrée en vigueur de la loi Labbé. Seules les méthodes mécaniques ou thermiques sont autorisées. Un riverain surpris en train de pulvériser du désherbant chimique sur le trottoir s’expose à une amende distincte de celle liée au défaut d’entretien.
- Balayage régulier des détritus et feuilles sur toute la largeur réglementaire
- Déneigement et salage (ou sablage sous les arbres) dès les premières chutes de neige
- Désherbage mécanique ou thermique des joints de trottoir, sans recours aux produits chimiques
- Enlèvement des dépôts de boue ou de terre après des travaux privatifs (sortie de garage, chantier)
Sanctions et contravention de 2e classe : ce que risque le riverain
Le décret n° 2022-185 du 15 février 2022 a modifié la donne. La violation d’un arrêté de police relève désormais de l’article R. 610-5 du Code pénal, soit une contravention de 2e classe avec une amende maximale de 150 euros. Avant ce décret, le plafond correspondait à une contravention de 1re classe.
Cette sanction suppose toutefois l’existence d’un arrêté municipal ou préfectoral imposant précisément l’obligation concernée. À Paris, l’arrêté de 1937 remplit cette condition pour le balayage et le déneigement. Pour le désherbage, c’est la combinaison avec les textes relatifs aux produits phytosanitaires qui fonde la sanction.
En pratique, les verbalisations restent rares pour le simple défaut de balayage. Elles se concentrent sur les situations de verglas non traité ou de dépôts persistants signalés par les mairies d’arrondissement.
Responsabilité en cas d’accident sur un trottoir parisien

La question de la responsabilité en cas de chute d’un piéton est plus complexe qu’il n’y paraît. Deux ordres de juridiction peuvent être compétents selon l’origine du défaut.
Le juge administratif examine la responsabilité de la commune lorsque le dommage résulte d’un défaut d’entretien normal de l’ouvrage public (trottoir dégradé, revêtement défectueux, regard descellé). La Ville de Paris, en tant que gestionnaire de la voirie, peut être condamnée sur le fondement du défaut d’entretien normal.
Le juge judiciaire intervient lorsque le dommage est imputable au riverain : trottoir non déneigé, verglas non salé, encombrement par des objets privés. La victime peut engager la responsabilité civile de l’occupant sur le fondement de l’article 1240 du Code civil (anciennement 1382).
- Chute sur verglas non traité devant une façade : responsabilité du riverain (juge judiciaire)
- Chute liée à un revêtement défectueux ou un nid-de-poule : responsabilité de la commune (juge administratif)
- Trottoir dégradé par des travaux privés ou une sortie de garage : responsabilité du particulier ou de l’entreprise ayant causé le dommage
Dans les deux cas, l’assurance habitation du riverain peut couvrir les dommages via la garantie responsabilité civile. Nous observons que de nombreux contrats excluent implicitement les dommages liés à l’entretien de la voie publique. Vérifier la clause de responsabilité civile du contrat habitation avant l’hiver est une précaution que trop peu de Parisiens prennent.
Le partage de responsabilité est fréquent. Un piéton qui chute sur un trottoir verglacé peut voir sa propre imprudence retenue partiellement, réduisant l’indemnisation. Le juge apprécie au cas par cas la configuration des lieux, la visibilité du danger et les mesures prises par le riverain.
L’entretien des trottoirs à Paris repose sur un texte de 1937, renforcé par des sanctions relevées en 2022. La charge pèse sur l’occupant, pas sur le propriétaire bailleur absent. Le risque financier ne se limite pas à l’amende : c’est la mise en cause en responsabilité civile après un accident qui représente l’enjeu le plus lourd.



